top of page

Vars, bienfaits d’estives sous canicule, juillet 2026

il y a 11 minutes
8 min de lecture

Vars, Hautes-Alpes, France hexagonale


Octobre 2026 : oubliée déjà la fournaise enragée de la fin mai au début septembre.


Pourtant sur les plages, les estivants rougissaient, grillaient, rissolaient, cloquaient, cuisaient, rôtissaient, grésillaient allègrement, ne suscitant guère que l'appétit des moustiques.

Masochiste supplice pour de coûteuses vacances. 

Alors, mieux que la clim close, la « pause-frigo » à la japonaise ou le froid sombre des grottes, on a fui vers les saines fraîcheurs de la montagne.

Et monté.

A raison d'environ -1°C pour chaque 100 mètres gravis.


A Vars les Claux, 1850 mètres, sous le même soleil implacable,

c'est 22 à 26°C au plus fort de la journée, et des nuits entre 10 et 17°C.


Même si fin juin les rhododendrons commencent à flétrir,
Même si fin juin les rhododendrons commencent à flétrir,

quand en juillet les superbes osiers fleuris («épilobes en épi») embellissent d’un pourpre doux les clairières, puis se raréfieront, et blanchiront bientôt en août.
quand en juillet les superbes osiers fleuris («épilobes en épi») embellissent d’un pourpre doux les clairières, puis se raréfieront, et blanchiront bientôt en août.

Un agréable bien-être où la fraîcheur exquise des estives

esquive la canicule


La station de ski  construite aux Claux à partir de 1962, s’étire en pente forte (souvent 10%) le long de lacets urbains joliment fleuris, sous le col de Vars à 2 km.


Une population touristique sportive, assez internationale, bon enfant, plutôt aisée sans affectation y vient profiter de ses atouts.

Des navettes gratuites donnent accès aux lieux les plus prisés.

Quitte à affecter un mini-bus pour les routes étroites (ex vers le Val des Escreins).


Naturellement plus verdoyante en juillet que sa station-cousine de Merlette visitée plus tard.

Seul effet de saison et/ou aussi de l'orographie des lieux ?



Les villages voisins de Ste-Marie, Ste-Catherine et St-Marcellin sur les pentes vers le nord préexistaient et sont probablement à l’origine de la station.

Ste-Catherine, l'encore très authentique, raconte son histoire entre fontaines, lavoir et vieilles demeures qui semblent garder leur vérité.



Vars la très pentue, aux marges du gigantesque chaos alpin, bascule après son col au sud-est vers Barcelonnette et l’Ubaye, et en direction du nord vers Guillestre et la vallée du Guil, Mont-Dauphin sur son promontoire et Briançon au-delà.




VARS, STATION DE HAUTEURS

ET DE RECORDS


Le télémix (remonte-pente qui mêle télésièges et télécabines) de Chabrières, depuis un plateau bien aménagé au centre du village, conduit plein ouest au lac artificiel éponyme aux belles eaux bleues.


Le relief se relève en sabot à l'ouest vers le pic de Chabrières.

 Un profil propice au ski de vitesse l'hiver, depuis la très forte pente au sommet (98% !!!), jusqu'au plateau presque horizontal au-dessus du lac.



Chaque année s'y déroulent les "Speed Masters" (en anglais forcément, c'est BEAUCOUP mieux).

Simon Billy, enfant de Vars, déjà vainqueur du challenge (globe de cristal) et détenteur du record, l'a battu à nouveau à 255,50km/h sur cette terrible piste en mars 2026.

Prodige physique et technique.




Loin de la fureur blanche, paisiblement en été, au-dessus du lac, les pistes et les chemins de randonnées sont nombreux.

Au milieu de vastes prairies herbeuses, quelques marmottes, plus rares que leurs nombreux trous de terrier, guettent, broutent avidement, pressées de prendre leur poids d’hibernation, puis détalent.

La moustache, d'herbe, lui monte au nez.

au milieu de "nacrés" qui butinent les fleurs de chardon

Dans les pentes au-dessus de la station, de nombreux parcours accueillent les VTT.

Virages creux, passages organisés pour l’adrénaline des amateurs.

Mais la cohabitation VTT/randonneurs conduit à réserver strictement certaines pistes aux VTT, par conséquent interdites aux marcheurs.


DEPUIS VARS VERS LE NORD


LE VAL DES ESCREINS, BOF...

 

Vers le nord, une route prend à flanc de pente, et surmonte en balcon impressionnant un profond et vertigineux ravin.

Au fond duquel coule le torrent du Rif Bel.


En amont au fond de sa vallée haute, c'est le Val des Escreins.

Le cul-de-sac de la route est un parking bien aménagé.

Une marche sur piste blanche et caillouteuse, parfois sous mélèzes, longe le lit du torrent et le franchit plus haut, écourtant la boucle pour nous.

Les randonneurs plus aguerris poursuivent vers d'autres plus belles hauteurs.

Avec probablement beaucoup plus d'attraits dans leur parcours.

La redescente sur la rive droite est à l'écart d'une falaise grise, torturée, sauvage, sévère, presque menaçante et sans attrait, piquée d'arbustes rabougris, creusée des concavités irrégulières laissées par la chute ancienne de pans de roche.



PUIS GUILLESTRE

La descente vers le nord finit par survoler en lacets la vaste vallée.

Et Guillestre la trop touristique, où, même à 1000 mètres, on retrouve la chaleur des vallées.


Avec le pittoresque des couleurs italiennes, des ruelles, des passages et des tours en restauration.

Et de très nombreux cyclistes, très sportifs, de toutes origines, mais spécialement ceux et celles venus de la botte voisine et leur parlé enlevé.


... ET MAINTENANT VERS LE SUD


LE COL DE VARS

Au sommet du col de Vars (2108 mètres), le seul bar un peu restaurant est tenu par un couple vénérable.

Philémon et Baucis des cimes d'aujourd'hui, couple sympathique et attachant, ils font commerce là depuis plus de 30 ans.

Par passion et peut-être nécessité, Baucis a entraîné Philémon à travailler au-delà de son âge (de retraite).

 Il tient le bar sur sa terrasse extérieure

en maugréant gentiment, prend commande, puis l'oublie, et revient la prendre.


La ligne d'électricité n'a été amenée que depuis un an ; auparavant un groupe électrogène.

Tous les produits, conserves, confitures, pâtés, tartes aux myrtilles…  sont de la main de Baucis, dynamique et avenante.

A la fin, Baucis sera-t-elle changée en osier fleuri et Philémon en mélèze?


La beauté sereine du col et la petite chapelle Ste Marie Madeleine


... pourtant un col, lieu de passage fortement marqué par l'histoire


Déjà, la légende dit, sans certitude, que Hannibal le fameux carthaginois avec ses éléphants serait ici passé vers l’Italie en 218 avant JC pour aller conquérir Rome.




Juillet 1515 : François 1er passe le col, alors frontière entre royaume de France et duché de Milan.


L'occasion d’y tracer avec difficulté depuis le col de Larche au sud, un premier chemin charretier, faisant sauter la roche aux explosifs, une première en ces temps.

.

la bataille de Marignan le 15 septembre 1515, deux mois après avoir franchi le col de Vars
la bataille de Marignan le 15 septembre 1515, deux mois après avoir franchi le col de Vars

Un extraordinaire chamboulement pour les habitants, ce passage de 30 000 fantassins, 9000 cavaliers, 72 gros canons et 300 autres pièces d'artillerie.


Avec tous les méfaits locaux d'une armée en transit.


Pour aller finalement vaincre les suisses du duché milanais à la fameuse bataille de Marignan. Le 15 septembre, ... un mercredi

Plus tard, fief protestant pendant presque un siècle, Vars est un refuge. Les habitants y vivent parfois reclus.

"Reclus", origine étymologique des "Claux".

Mais après la révocation de l’Edit de Nantes en 1685, les habitants fuient ou bien sont envoyés aux galères.

1692 : le duc de Savoie Victor-Amédée II (dit "le renard de Savoie") s'opposant à Louis XIV avec la ligue de Habsbourg, envahit le Dauphiné et rase tous les villages de la région.

Les habitants de Vars, pour ce qu'il en reste, sont enfumés dans leur église, détruite la même année.

Repoussé en 1693, lors de sa retraite Victor-Amédée, de rage, rase -encore- la région et ce qu'il reste de Vars.


Mais, sacrée résilience, dans la fragile paix qui suit, Vars revit lentement, vers 1697.

1713 : les traités d’Utrecht déplacent la frontière à l’est.

1744 : le col voit à nouveau passer 30 000 hommes vers l’Italie. Philippe V roi d'Espagne (petit-fils de Louis XIV) part combattre Charles-Emmanuel III lors de la guerre de la succession d'Autriche.

Napoléon 1er, petit par la taille, grand chez Victor Hugo, a voulu remercier les habitants de Provence de leur soutien dans sa dernière tentative de reconquête du pays depuis l'île d'Elbe, en leur vouant reconnaissance par testament.


En 1858, Napoléon III, le neveu, concrétise à sa manière le voeu de tonton.

Après avoir alloué 50.000F de l'époque (qui n'y suffiront pas), il fait construire six refuges de cols des Hautes-Alpes, d'une robuste architecture.

Semblable à celui du col de Manse au-dessus de Gap, voici le 'refuge Napoléon" de Vars.


En contrebas à 2 km du col au nord, il fait face à un petit lac alimenté par la Chagne, dont il n'est séparé que par la route du col, ici rétrécie pour ralentir le trafic..


Au bar terrasse, de délicieuses glaces au génépi, à la sapinette.


Un havre tranquille, dont l’agréable sérénité n’est troublée que par le trafic peu dense de la route.




Une plaisante marche en balcon au-dessus de la station en direction du refuge Napoléon permet de savourer sans se lasser le butinage des "nacrés".

L'un d'eux pourtant n'est pas "nacré" du tout, dont on ose à peine dire le nom (frémissez donzelles!) ... un "cuivré-à-la-verge-d'or".

Prétentieux mais joli garçon!



LE FORT DE TOURNOUX

Plus loin, de considérables constructions ne manquent pas d'intriguer, sur le flanc abrupt de la montagne au-dessus de la vallée de l’Ubaye.

Semblable au repaire d'on ne sait quel puissant et maléfique docteur fou d'un roman à la Jules Verne.

De fait, dès 1709, les Français installent ici à Tournoux un camp retranché destiné à se protéger des invasions savoyardes ou piémontaises.

Le fort lui-même, accroché à son éperon rocheux, disposé en escalier sur une arête, ne date que du 19ème siècle.



Monumental, il est construit de 1843 à 1866 sous la monarchie de juillet (Louis Philippe) pour défendre la vallée de l'Ubaye.


Sur 700 mètres de hauteur, il est organisé en trois forts superposés reliés par des escaliers, des galeries creusées affleurant la paroi.


Mais en retard d'une guerre, sans jamais avoir vraiment participé à l'une d'elles.


En effet, comme nombre d'ouvrages monumentaux militaires à longue durée de réalisation, ici un quart de siècle, il n'intègre pas les progrès de la technologie militaire réalisés en parallèle, notamment ceux de l'artillerie.





Ainsi, la partie supérieure, la batterie des Caurres lui est ajoutée pour protéger son sommet après 1866, au 3ème et dernier étage.... mais sans vue sur mer.
Ainsi, la partie supérieure, la batterie des Caurres lui est ajoutée pour protéger son sommet après 1866, au 3ème et dernier étage.... mais sans vue sur mer.

Renforcé encore fin 19ème, intégré à la ligne Maginot en 1940, pris par les allemends en 1943, repris par les français en 1945, il est dépôt de munitions jusqu'en 1987.

Démilitarisé, il est en partie visitable par le public sous la férule de la communauté des communes de l'Ubaye.



PUIS AU SUD-OUEST, BARCELONNETTE ET JAUSIERS


En poursuivant vers le sud-ouest,, dans la vallée de l'Ubaye qui va s'évasant, voici Jausiers, puis Barcelonnette.

Vers l'ouest, l’Ubaye rejoint ensuite la Durance dans le lac de Serre-Ponçon.

Imprégnée de son histoire entre Provence et Piémont italien, le centre historique de Barcelonnette chatoie de chaudes couleurs dans la belle rue Manuel, rue piétonne soigneusement entretenue.


tout comme Jausiers et ses deux clochers, plus modeste et coquette.

Mais qui se particularisent surtout par leur débordante aventure outre-atlantique, quand d'intrépides commerçants merciers de ces deux villages partent au 19ème siècle vers les Amériques.

Ils se fixent au Mexique et entreprennent avec brio dans leur domaine, ... s'enrichissent, créent de petites dynasties.


Puis reviennent au pays construire de superbes maisons appelées "villas mexicaines" sans pour autant que leur architecture rappelle celle de leur pays d'adoption,

par exemple à Barcelonnette sur la rive nord de l'Ubaye

et à Jausiers la villa "l'Ubayette"

Le lien avec le Mexique est aujourd'hui célébré, commémoré avec un faste certain, également à travers des jumelages. Loin de Puerto Morelos vue fin 2025.

Ainsi cette copie d'un fragment de fresque aztèque réalisée par des enfants de la vallée en 2009
Ainsi cette copie d'un fragment de fresque aztèque réalisée par des enfants de la vallée en 2009

Le retour se fera vers le sud par le col élevé de la Bonnette (2860 mètres), au-dessus du cirque d’où partait le glacier de la Haute Tinée.

Un cirque aujourd'hui très minéral, avec à peine quelques de névés.


On y traverse un lieu de mémoire, celui de la bataille de juin 1940 entre français et italiens au camp des Fourches, dont les murs entretiennent le témoignage.

Avant la longue et sinueuse redescente vers les chaleurs côtières via la vallée de la Tinée.







Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page