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Fraîcheurs d’estives dans les fournaises d'août 2026

il y a 1 jour
7 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 heures

à Orcières-Merlette, Hautes-Alpes, France hexagonale


La canicule s’invite et s'enrage dès fin mai jusque même au début septembre 2026.


A la rapide fraîcheur du bain sur les plages succèdent les dermes qui grésillent ou qui rissolent même pour les plus dodus.

Alors, mieux que la clim close, la « pause-frigo » à la japonaise ou le froid sombre des grottes, on a préféré les saines fraîcheurs de la montagne. Montons.

A raison d'environ -1°C pour chaque 100 mètres gravis.


A Merlette, 850 mètres, sous le même soleil implacable, c'est 22 à 26°C au plus fort de la journée, et des nuits entre 10 et 17°C.


Dès fin juin les rhododendrons commencent à flétrir,
Dès fin juin les rhododendrons commencent à flétrir,

Mais les superbes osiers fleuris («épilobes en épi») embellissent d’un pourpre doux les clairières, puis se raréfient, et blanchiront bientôt en août.
Mais les superbes osiers fleuris («épilobes en épi») embellissent d’un pourpre doux les clairières, puis se raréfient, et blanchiront bientôt en août.

A Merlette, la fraîcheur exquise des estives

esquive la fournaise.


Merlette, station de ski du Champsaur, créée en 1962 à l’initiative de commerçants locaux, 1850 m d’altitude, trône au-dessus de son village ancestral d’Orcières (1400 mètres).


Le Drac Noir a creusé (dans des marnes argileuses noires) sa profonde vallée. Au nord, ce sont les sommets plus acérés du massif des Ecrins.

Au sud, par-delà les sommets de Garabrut et de la Grande Autane, le lac de Serre-Ponçon dans lequel se noie puis renaît la Durance.



1800 mètres : à peu près la limite supérieure des forêts de mélèzes et de sapins.


Les alpages au-dessus sont d’un roux sec, témoins du manque prolongé de précipitations.

Quelques pluies d’après-midi suffisent pour qu’ils reprennent un pâlot duvet verdâtre presque printanier.


Depuis le plateau de la station, en travaux poussiéreux de restauration et d'aménagements, nombreux sont les chemins et les pistes.

Juste 160 mètres au-dessus, l'ancien hameau des Festes (nom des résidences d'été au 19ème siècle) des Estaris,... et premiers essoufflements.



LES SOMMETS (ou presque)


Deux « télémix » d'été (remonte-pentes qui mêlent télésièges et télécabines) acheminent en altitude vers les plateaux plus élevés :


-   Rocherousse (2280 mètres), d’où l’on peut monter par exemple au lac des Sirènes (2390 mètres), un lac à pêcheurs du mercredi,


où de belles plantes aquatiques y font un lit pour une Ophélie provençale.
où de belles plantes aquatiques y font un lit pour une Ophélie provençale.

Pour y parvenir, plusieurs possibilités dont un accès par des lacets directs, ou bien en contournant un petit tertre par l’est.


L’occasion de rencontrer... une marmotte,

et de longer trois parcelles, cloturées de basses barrières électrifiées (petits panneaux photovoltaïques) : une production de génépi.

Propriété de l’entreprise Guillemette, qui en extrait la fameuse liqueur.

Une autre entreprise, Altiflore, crée de succulentes glaces... au génépi et à d'autres parfums locaux originaux issus par exemple de l’argousier (qui n'est pas l'arbousier).


Toutes deux dans la vallée aval du Drac.

 

-   Drouvet 2 (après transit par Drouvet 1), 2650 mètres, d’où l’on part pour la randonnée dite « des 6 lacs », et d'environ 6 km pour rejoindre Rocherousse via le lac des Sirènes.

D'autres parcours sont bien sûr possibles.


Sur une tyrolienne de 1850 mètres s'envolent aussi de là les plus courageux(ses), à l’horizontale, sur 155 mètres de descente.

 


Majestueux paysages mais sans autre végétation qu’une herbe rase. 


C'est parti...

Rando familiale dit l'Office du Tourisme.

Elle l'est vraiment, car défilent là bébés portés par leur sherpa-papa, jeunes enfants vigoureux et mobiles, groupes d’ados bruyants jamais déconnectés,

jusqu'aux chiens de tous acabits dont on protège parfois les coussinets par des tissus-bottines pour traverser les graviers et les chaotiques moellons glaciaires de plusieurs pierriers.

Une épreuve aussi pour mon tendon (gauche) fragile.


Au point que même d'alertes nonagénaires nous doublent allègrement.

Dans les pentes au-dessus de la station, de nombreux parcours accueillent les VTT.

Virages creux, passages organisés pour l’adrénaline des amateurs.

Mais la cohabitation VTT/patous de troupeaux en alpage est impossible.

Les cyclistes ne peuvent alors plus accéder à certaines portions de télémix.

Par prudence, les randonneurs doivent aussi éviter les pistes réservées aux VTT.

 



PRAPIC

Dans une vallée encaissée, 4km à l'est d’Orcières, un très notoire village, Prapic (1550 mètres).

On l'atteint par une agréable et verdoyante route en montagnes russes au-dessus du Drac Noir.


Le pittoresque est bien là : greniers sous faîte à façade de bois, robustes murs de moëllons et lourds pavés inégaux en forte pente, anciens abreuvoirs reconvertis en fontaines, et fin de floraison de l'épilobe...

Mais point de lauzes ici, juste des toits métalliques.

Une authenticité restituée après des travaux dans les années 90 (par ex le pavage à la place du bitume), mais qui a perdu un peu en spontanéité.


Deux très agréables bar-restaurants, presque guinguettes sans accordéon sont pris d'assaut, même sur réservation.

Un vieil habitant, sec et robuste circule en quad pétaradant.

Il a décoré sa maison et fait d'un vaste auvent une amusante galerie, jouant notamment sur le cul-de-sac du village, en y gravant sur bois quelques dictons populaires.

Clin d'oeil.


Village en impasse, mais porte pédestre du Parc des Ecrins, Prapic se préserve des afflux massifs en n’autorisant l’accès des voitures qu’à ses habitants.

Trois cents mètres au-dessous du village, les visiteurs s’accommodent d’un parking sous bosquets, plus aménagé qu'il n'y paraît. Les places deviennent vite rares dans la matinée.

Dans une clairière 50 mètres à l'écart du parking, indifférente aux bruits étouffés des moteurs, une seule marmotte star.

Elle fait son plein de graisse en broutant frénétiquement avant l’hibernation, entre colchiques toxiques et campanules qui vivent de rien sur un rocher.


Repue, en pleine majesté digestive
Repue, en pleine majesté digestive

Du village, au moins deux randonnées.

L’une, tranquille, mène au nord le long du petit torrent du Blaisil à un énorme rocher tombé jadis de la falaise et nommé « le Tombeau du Poète », .

Un papillon "demi-deuil" sur le chemin du "Tombeau", normal non?

Joseph Reymond, né au village, ancien instituteur et réputé rimeur local a voulu de ce rocher faire son cercueil.


Ses obsèques à 70 ans se tiennent là en février 1918 après 2 jours de bourrasque de neige.


Après la fraîche du matin, une vénérable et alerte bergère garera son troupeau dans l'ombre sombre d'un dense feuillu.




Une autre rando, plus éprouvante, s'infléchit vers le sud en direction d'une haute cascade, « le Saut du Laïre », par une large piste franchissant plusieurs raides montées successives dans la somptueuse vallée ouverte du Drac Noir.

Mais si raides sont ces pentes que nous serons les seuls (ou presque) à faire demi-tour sans vergogne avant le 3ème kilomètre,


 … alors qu’il en faut 8 pour atteindre la cascade et autant pour revenir!!


nue comme BB à St-Tropez
nue comme BB à St-Tropez




LA BASE DE LOISIRS O2

 

Au pied du village d’Orcières, une base de loisirs (nommée « O2 ») a été aménagée en 1980 sur la rive droite du Drac Noir. Là atterrissent aussi les parapentes qui se lancent depuis les hauteurs côté adret.

Le Drac Noir n'est en cette période qu’un petit torrent qui se fraye plusieurs chemins au travers d’épais sillons de graviers et de galets dont est fait son vaste lit.

Beau parcours de randonnée sur la rive gauche sous ubac, souvent dans l’ombre bienvenue des mélèzes, des hêtres et des sapins.

Une piste d'oxygénation pour quelques haletants chiens de traîneau d'hiver retenus en laisse par les membres d'une association.


Surplombant la base, depuis l’un des lacets en épingle à cheveux vers Merlette, un décevant « parc animalier », celui du Creuset. Incomparablement moins beau, moins divers, moins vaste que celui des Angles près de Font Romeu (66). Même les animaux y souffrent de la chaleur dans les devers secs des enclos.


 

EN VALLÉE DE CHAMPOLÉON, UN HAMEAU

OÙ UN JOUR, IL NE SE PASSA RIEN


En aval vers Gap, le Drac Noir depuis l’est rejoint le Drac Blanc (car issu de roches cristallines, de gneiss) qui provient de la vallée de Champoléon depuis le nord.

Drac Noir et Drac Blanc confluent ici pour former … le Drac qui alimente en aval l’Isère.

Filets de torrents tranquilles, son lit se charge de boues furieuses après une seule nuit de fortes pluies.

le Pont des Eyrauds sur le Drac Blanc, et les sommets du massif des Ecrins
le Pont des Eyrauds sur le Drac Blanc, et les sommets du massif des Ecrins

En remontant la vallée de Champoléon, voici le petit hameau tranquille des Borels.


Si tranquille qu'un résident plein d'humour y a fait graver cette plaque.


Le torrent du Méollion a creusé sa petite vallée dans le massif du Pelvoux.


Il dévale sa pente depuis l’est pour rejoindre ici le Drac Blanc.








Une promenade pentue en très beaux chemins creux remonte sa vallée.

Là aussi, à pas mesurés de vieillards bientôt cacochymes, c'est le retour au bout de 2,5 km. 

Dans la pierre, une empreinte curieuse, fossile des mers chaudes d'il y a 120 millions d'années, ou curiosité géologique.

 


LE PLATEAU DE LA COCHE 1510 mètres


Vers le début de la vallée du Drac qui s’évase, une montée en lacets vers le village de St-Jean St-Nicolas au nord (côté adret) conduit au beau plateau de la Coche.


Une illustration in situ de l'histoire géologique de la vallée en auge du Drac, creusée par l'ancien glacier.

Sur une plateforme rocheuse puissamment érodée gît un énorme rocher, "bloc erratique", charrié puis laissé là par le glacier à sa fonte.

Dans la très longue période post-glaciaire, une fois progressivement libérés de la pression du glacier, certaines pans de parois se sont effondrés, formant ces falaises sauvages.

Les sédiments de surface accumulés sur la roche ont permis le développement d'une végétation dans sa diversité d'altitude.

Dans des clairières entre sapins et mélèzes pacagent des troupeaux de moutons.


Toxique, sa tige sans feuille, têtue, traverse la paille d'herbe sèche. C'est la perfide, étrange et charmeuse beauté du colchique.


Mais toxique au point qu'une variété est même appelée "tue-chien".


Ailleurs, le poétique "sorbier des oiseleurs" éclate de baies écarlates,



au-dessus de fantasques chardons argentés.











avec en point d'orgue cet objet moderne qui interroge :

  • sauna de montagne?

  • mini-observatoire stellaire?

  • sécherie de peaux de marmottes?

  • toilettes publiques (presque) sèches?












Vers l’aval, la belle et large vallée du Drac rafraîchit de son insolente verdure, qui doit aussi à l’irrigation.

Puis la route presque rectiligne traverse Pont-du-Fossé, Chabottes.

Après la remontée du col de Manse, direction sud-ouest, elle bascule vers la vaste cuvette brûlante de Gap, préfecture des Hautes-Alpes.

Au début de la descente de ce col, on croise un « refuge Napoléon », de même origine que celui du col de Vars.


Napoléon 1er, petit par la taille, grand chez Victor Hugo, a voulu remercier les habitants de Provence de leur soutien dans sa dernière tentative de reconquête du pays depuis l'île d'Elbe en leur vouant reconnaissance par testament.

Ce n'est qu'en 1858 que Napoléon III concrétise à sa manière ce voeu après avoir alloué 50.000F de l'époque (qui n'y suffiront pas) à la construction de six refuges de cols des Hautes-Alpes, d'une robuste architecture façon 19ème.

Ils sont aujourd'hui reconvertis en hôtels ou bistrots.



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